Dissonance cognitive collective et fabrique de la résignation des peuples.

Résumé

Cet article interroge le phénomène de résignation collective des peuples face à des systèmes politiques et économiques perçus comme injustes. En mobilisant la théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1957) et ses prolongements collectifs, il s’agit de comprendre comment les tensions entre convictions, perceptions et réalités sociales sont atténuées non pas par des changements systémiques, mais par des ajustements cognitifs collectifs. Cette stratégie psychique produit une acceptation passive, voire une légitimation de l’oppression, que nous nommons ici fabrique de la résignation. L’article propose une modélisation des mécanismes d’acceptation de l’inacceptable et ouvre des pistes pour penser l’éveil critique et l’émancipation.

1. Introduction

Comment expliquer que des populations entières persistent à accepter des systèmes inégalitaires, malgré une conscience diffuse de leur injustice ? Cette interrogation est au cœur de la pensée critique, de Marx à Bourdieu, de Fanon à Chomsky. Cet article explore l’hypothèse selon laquelle la dissonance cognitive collective constitue un mécanisme central dans la production de la résignation sociale.

2. De la dissonance individuelle à la résignation collective

2.1. La théorie de Festinger (1957)
La dissonance cognitive survient lorsqu’un individu perçoit un conflit entre ses croyances et ses comportements. Pour réduire l’inconfort, il modifie soit ses croyances, soit sa perception de la réalité.

2.2. Vers une dissonance cognitive collective
Tavris et Aronson (2007) montrent que ce mécanisme peut se déployer à l’échelle collective. Les sociétés rationalisent les contradictions systémiques (par exemple : croire en la démocratie tout en acceptant l’exclusion sociale).

Aujourd’hui nous avons l’opportunité de pouvoir observer en détail l’ensemble du procédé qui se met en œuvre pour créer un récit dissonant aux faits réels.  Cela constitue le ciment pour fabriquer soit le consentement soit la résignation voir les deux. l’être humain est naturellement social, il se construit par le lien et les échanges. Dans ce contexte la mort sociale devient pire que la mort physique, c’est de cette crainte enfouie au plus profond de chaque être que ceux qui possèdent les outils de transmission des savoirs comme les médias grand public joue le rôle crucial d’influencer les masses. Tout récits contradictoire aux récits dit officiel est discréditer, les personnes qui ne sont pas en accord avec le récit officiel deviennent l’exemple à ne pas reproduire, taxer de complotiste, d’anti-vax pendant la covid, d’anti-américains primaire quand certaines personnes dénonçaient Collin Powell avant l’invasion de l’Irak en 2003.  Aujourd’hui cela perdure avec la guerre en Ukraine et le génocide en streaming à Gaza. Ceux qui disent que la guerre en Ukraine à commencer avant le 22 février 2022 n’ont aucune place dans les médias et pour la première fois dans l’histoire de la fabrication de la résignation et du consentement, le système s’effrite. Comment devant l’abus du pouvoir médiatique et la réalité bien trop cruel pour n’importe quel être humain, faire accepter le génocide comme étant une légime defense à fait renaître la raison de l’humanité.

3. Dispositifs de production de la résignation.

– Médias : reproduction des narratifs dominants (Chomsky & Herman, 1988)
– Espace scolaire : dépolitisation du savoir (Illich, 1971)
– Langage politique : inversion des responsabilités (Bourdieu, 1993)

Exemple clé : le discours médiatique sur les “assistés sociaux” entretient une dissonance entre valeurs d’égalité et stigmatisation des plus précaires.

Il faut toujours un bouc émissaire ! 

Le pauvre et l’immigré ont toujours servi de souffre-douleur pour les classes dominantes, aujourd’hui, alors que la déclaration des droits de l’homme est dans le bureau de chaque personne politique, bien en vue, souvent installé dans un joli cadre en bois recouvert de feuilles d’or. Pourtant ces droits ne sont valables uniquement pour les classes dominantes. La crise de gillets jaunes nous ont montrée que réclamé ses droits pouvait être synonyme de perte d’une mains ou d’un oeil voir meme de sa vie. Est-ce que vous avez déjà vu la classe dominante française organiser une manif ? Non car eux organisent leurs pouvoirs d’influence afin d’obtenir des politiques qui leurs sont favorables. Là nous touchons un point important pour comprendre les rapports de force existants, la lutte des classes et le pouvoir d’influence. 

4. Cas d’étude : Le conflit russo-ukrainien et la dissonance cognitive occidentale.

Depuis 2022, le discours occidental affirme que la Russie est au bord de l’effondrement : économie vacillante, armée dépassée, isolement diplomatique. Pourtant :
– Militairement, la Russie maintient une stratégie d’usure efficace et conserve la capacité à reconstituer ses forces (Baud, 2023).
– Économiquement, le FMI indique une croissance de 2,1% en 2024 pour la Russie, supérieure à celle de plusieurs pays de l’UE.
– Géopolitiquement, elle renforce ses partenariats avec la Chine, l’Inde, l’Afrique, contournant les sanctions occidentales.

Cette contradiction entre croyances initiales (effondrement imminent) et faits observables génère une dissonance cognitive collective. Pour la résoudre, les discours médiatiques se replient sur des justifications floues ou moralisantes.

5. Sortir de la résignation : vers une dissonance féconde.

– Espaces capacitants : lieux qui permettent l’expression de la dissonance et son traitement collectif (Clot, 2010 ; Bacqué & Biewener, 2015).
– Éducation populaire : outil de déconstruction des récits dominants et de re-politisation de l’expérience.
– Dissonance positive : tension qui pousse à la création de nouvelles pratiques et référentiels.

6. Conclusion

La dissonance cognitive collective n’est pas une pathologie, mais un symptôme politique. En l’analysant, on comprend mieux pourquoi la révolte ne survient pas toujours face à l’injustice. En l’exposant, on ouvre la voie à une réappropriation critique du réel.

Bibliographie

– Aronson, E. (1992). *The Social Animal*
– Baud, J. (2022). *Poutine, maître du jeu ?*
– Bourdieu, P. (1993). *La misère du monde*
– Clot, Y. (2010). *Le travail à cœur*
– Festinger, L. (1957). *A Theory of Cognitive Dissonance*
– Herman, E. S. & Chomsky, N. (1988). *Manufacturing Consent*
– Illich, I. (1971). *Une société sans école*
– Rancière, J. (1995). *La mésentente*
– Seligman, M. (1975). *Helplessness*
– Tavris, C. & Aronson, E. (2007). *Mistakes Were Made (But Not by Me)*
– Bacqué, M.-H. & Biewener, C. (2015). *L’empowerment : une pratique émancipatrice ?*

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